Pourquoi ailes? : un processus créatif en cours…

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Depuis qu’il a été lavé à grande eau par la Seine et refait à neuf, mon atelier est de nouveau bourdonnant d’un processus créatif en cours. Le processus créatif, c’est une bête un peu bizarre, plutôt capricieuse et cependant très organisée qui exige autant d’activité fébrile que d’heures immobiles. Elle a pris, cette fois-ci, la forme enthousiasmante d’ailes qui attendent pour que le tableau s’achève, qu’un visiteur se place devant. Rencontres protéïformes et surprenantes au détour d’un geste et de l’attente de son résultat sur la toile.

A propos de « l’ouverture d’aile »

Ailes sur fond blanc (détail)Tous ceux qui ont croisé ma route vous le diront : j’incite tout peintre à ne plus tenir son pinceau comme on tient un stylo. Prendre en main l’outil, c’est le début du processus. C’est pourquoi on peut le comparer,  à l’instar d’Idriss Aberkane dont je suis en train de lire le livre -Libérez votre cerveau, manifeste de neurosagesse-  à une sorte d’exercice de neuroergonomie visant à permettre au cerveau d’être le mieux possible branché pour ce qui s’engage.  Ce geste s’appelle « l’ouverture d’aile ». Lorsqu’un peintre ouvre son aile, le bras s’articule de l’épaule au poignet, les poumons se gonflent, la main se libère avec la force d’un sculpteur tenant son ciseau pour tailler dans la pierre. Le corps entier est de la partie.

Pourquoi Ailes?

Ailes en cours de travailDe l’ouverture d’aile à la représentation d’une aile, il n’y a qu’un… geste pictural. Et comme elles volent tout de même mieux lorsqu’elles font la paire, deux gestes picturaux : deux arcs de cercle tracés au pinceau en haut de la toile et qui se gonflent de l’énergie de mes gestes.  La peinture en coulant fait apparaitre les ailes sans qu’il me soit nécessaire de les dessiner davantage. Elles ont à chaque fois, et ce n’est pas là le moindre mystère, une personnalité différente, des émotions et la promesse d »une histoire toujours particulière. Je me mets alors à leur service.

La rencontre

Les ailes de U.Les ailes de JeanEt puis un jour, on ne sait jamais quand, ni qui, ni vraiment pourquoi, quelqu’un entre dans l’atelier. Pour parler d’un projet, envisager un suivi, par curiosité…  et, va s’arrête devant une paire d’ailes en disant : « Mais, se sont les miennes! ».

Phrase sortie de la bouche sans avoir eu le temps d’être réfléchie, qui surprend celui qui l’a dit autant que le peintre qui la reçoit. Je propose alors de les essayer. Je sais qu’à me lire vous n’entendez sans doute par là qu’une pirouette poétique… Que dire alors d’un tableau qui s’achève sous mes yeux? De cette rencontre pleine d’une profonde complicité qui se dévoile entre mon visiteur et ses ailes? Sinon que je ne peins, finalement, que pour ça.

La commande

Profonde légèretéRécemment j’ai du faire un pas de plus en acceptant de passer outre une promesse que je m’étais faite de ne jamais prendre de commande. J’ai réalisé que ce que je craignais était moins de décevoir que de me voir imposer un regard qui n’est pas le mien. Aussi ai-je inventer une sorte de protocole visant à écouter mon visiteur tout en laissant mes mains libres d’agir à leur guise. Trois souvenirs heureux, si possible de l’enfance, engagent ce travail. Les couleurs, la forme et les détails arrivent d’eux-même avec bien plus de justesse que si nous en étions convenus à l’avance. Au final, la rencontre se fait, ou pas. Personne ne force les choses.

A la suite de cette étonnante rencontre, je demande toujours à mon visiteur un petit texte de sa part pour tenter de partager, plus qu’il n’expliquera, « pourquoi ailes? » Ce mystère que j’orchestre pourtant amoureusement, m’échappe toujours. Reste à chaque fois la sensation d’avoir été touchée par la grâce.